Yūrei

Hyakki yakoYūrei signifiant "esprit évanescent" (幽霊) est un nom servant à désigner les fantômes de la tradition japonaise. Dans certains cas, on peut aussi leur donner le nom de borei (亡霊) ou shiryo (死霊). Les yūrei sont classés parmi les yōkai pouvant signifier "créatures surnaturelles non humaines" (妖怪).

Le mythe des yūrei est identique à celui des fantômes européens. Dans la croyance japonaise, les humains possèdent une âme, le Reikon (霊魂). A notre mort, le reikon quitte notre corps et attend dans une sorte de "purgatoire". Lorsque le rite funéraire est effectué, le Reikon du mort s'en va rejoindre les esprits de ses ancêtres, où il pourra veiller sur sa descendance.

Par ailleurs, dans certains cas le Reikon ne retrouve pas ses ancêtres. Si les rites funéraires n'ont pas été réalisés ou bâclés, si la personne est morte d'une façon violente comme lors d'un accident ou un meurtre, ou encore si la personne décédée est morte en étant animée d'émotions intenses, haine, désespoir ou encore amour, alors, le reikon tourmenté arrive à s'échapper du purgatoire pour revenir dans le monde des vivants, qu'elle hante sous la forme d'un yūrei.

Le Yurei est généralement attaché à un endroit spécifique. Prenons exemple de la forêt d'Aokigahara. C'est une immense forêt (35 km) qui s'étend au pied du mont Fuji au Japon et où de très nombreuses personnes viennent se suicider. Elle est réputée comme étant le 3eme lieu le plus hanté du Japon et pour sur, chaque année les autorités trouvent énormément de cadavres.

Contrairement aux idées reçues, les Yurei peuvent également poursuivre sans relâche une personne particulière. Ils sont supposés se manifester entre 2 et 3h du matin. Et comme toutes les créatures surnaturelles du Japon, elles sont plus actives en été.

Les quatre types de Yūrei

~ Les Onryo (怨霊) sont des fantômes qui cherchent à se venger d'un mal qui leur fut fait durant leur vie ou à l'heure de leur mort (The grudge) La plupart des onryo sont de sexe féminin. Elles ont été trompées et violentées par les hommes durant leur vie. A leur mort, elles inversent les rôles et tuent des hommes sans pitié. (Quelques exemples de onryo masculins peuvent cependant être trouvés dans le théâtre Kabuki.)

Goryo

~ Les Ubume (産女), sont des fantômes de femmes mortes alors qu'elles étaient enceintes ou que leur enfant était encore en bas-âge.

~ Les Goryō (御霊), sont les fantômes de personnes nobles (chefs de clans, samourais, seigneurs). La croyance aux goryō est attestée depuis la période Heian (794-1185 ap.J.C.), on pensait alors qu'ils pouvaient par vengeance provoquer des tremblements de terre, des typhons ou des sécheresses. (Le théâtre Nō met en scène des fantômes de samourais ou de chefs de guerre. A la différence des goryō malfaisants, ces fantômes sont pacifiques et cherchent à raconter leur histoire et leurs exploits) 

~ Les funayūrei (船幽霊), sont les fantômes de personnes noyées en mer. Ils  sont souvent confondus avec l'umibōzu. Ils s'approchent des bateaux et demandent un hishaku, baquet utilisé pour enlever l'eau du bateau. Si on leur en donne un, elles l'utilisent pour remplir l'embarcation d'eau de mer jusqu'à ce qu'elle coule faisant de nouvelles victimes.

A ces catégories de Yurei, se rajoutent beaucoup de créatures humanoïdes qui, suivant les traditions, sont considérées comme des monstres n'ayant rien d'humain (yōkai) ou comme les esprits de personnes décédées (yūrei). C'est le cas de l'umibōzu, du zashiki-warashi, et de différents monstres féminins comme la kuchisake-onna, Hanako-san, Yuki-onna, la rokurokubi et la futakuchi-onna.

Les créatures surnaturelles ont connu une très forte popularité à la fin de l'ère Edo au XVIIème siècle en même temps qu'un jeu nommé hyakumonogatari kaidankai (Dans une pièce, à la nuit tombée, cent bougies sont allumées. Les joueurs se placent parmi les bougies et racontent des histoires fantastiques, dit Kaidan. À chaque kaidan raconté, on souffle une bougie. La pièce devient de plus en plus sombre au cours du jeu. Les joueurs pensent que la dernière bougie éteinte permet d'invoquer un être surnaturel.). Dès lors les fantômes devinrent un sujet très prisé dans l'art japonais allant du théatre à la peinture.

Les théatres mirent en scène un grand nombre d'histoires de Yurei, et les ecrivains composèrent de nouvelles histoires, telle que Ueda Akinari avec son célébre " Conte de la lune vague après la pluie " ecrite en 1776. Ses contes et légendes sont aujourd'hui de grands classiques dans le paysage japonais. Voici les plus populaires...

~ Le Yotsuya Kaidan (四谷怪談) : L'histoire d'Oiwa. Une femme traîtreusement défigurée et tuée par Iemon son mari samourai, pour permettre à celui-ci de se remarier avec une autre jeune femme. Le fantôme d'Oiwa revient alors hanter son mari, le rendant fou au point de massacrer sa nouvelle épouse et sa belle-famille. Le yūrei ne cessa de tourmenter Iemon qu'à la mort de celui-ci, lorsque le frère d'Oiwa vient se venger de la mort de sa soeur.

~ Le Banchō Sarayashiki (番町皿屋敷) : Une servante travaillant au service d'un samourai, Okiku, casse accidentellement une précieuse assiette faisant partie d'une collection de 10 pièces. Le maître samourai furieux la tue et jette le corps dans un puit. Après cela chaque nuit, le fantôme d'Okiku s'élève du puit, compte jusqu'à 9 et éclate en sanglot, tourmentant le samouraï jusqu'à le rendre fou. Le puit du château d'Himeji, dans la préfecture de Hyōgo, possède la réputation d'être encore hanté par le yūrei d'Okiku.

~ Le Botan Dōrō (牡丹燈籠) : D'origine chinoise, cette histoire existe sous différentes versions. Un homme (un étudiant ou un samourai, suivant la version) tombe fou amoureux d'une belle inconnue, avec laquelle il a des relations chaque nuit mais qui disparaît mystérieusement chaque matin avant le lever du jour. Un voisin intrigué les espionne et constate que la femme n'est plus qu'un squelette. Le voisin demande de l'aide à des prêtres bouddhistes qui placent des ofuda tout autour de la maison, empêchant ainsi le yūrei de retrouver son amant. L'homme dépérit de désespoir, puis finit par céder et rejoint sa maîtresse fantôme pour une dernière nuit. Il est trouvé mort au lever du jour.

L'une des plus célèbres et anciennes représentations connues d'un yūrei, la peinture "le fantôme d'Oyuki" de Maruyama Okyo, peinte en 1750, servit de référence pour les artistes postérieurs du XVIIIème et du XIXème siècle, parmi lesquels on peut citer Toriyama Sekien, Hokusai et Tsukioka Yoshitoshi.

Le seul moyen de faire disparaître un yūrei est de lui apporter le repos éternel. On peut réaliser les rites funéraires manquants, ou apaiser d'une façon ou d'une autre les émotions qui l'agitent. (Accomplir la vengeance du fantôme, ou en lui permettant de consommer sa passion avec son amant). Or, la plupart du temps, les tourments intérieurs du Yurei sont tels que celui-ci ne peut être contrôlé. Il se met alors à tuer en masse. Dans certain cas, on fait appel à un prêtre bouddhiste, un ascète ou Miko (médium) pour réaliser un exorcisme.

Les yūrei ont peur des ofuda (御札). Ce sont des talismans de papier, tissus ou bois sur lesquels un prête inscrit le nom d'une divinité protectrice. Les ofuda sont traditionnellement placés sur les portes d'entrées, les piliers des maisons ou des temples afin de les protéger du mauvais oeil et d'empêcher les fantômes d'y rentrer. (On peut le voir dans divers manga comme Mai-Hime, Mokke, Sailor moon, cardcaptor Sakura ou Shaolan s'en sert pour capturer les cartes).

Le festival d'O-bon, est un festival bouddhiste japonais honorant les esprits des ancêtres. O-Bon existe depuis plus de 500 ans et fut importé de Chine où elle est appelée fête des fantômes. Il a lieu dans le courant du mois de juillet et sert à apaiser les âmes des défunts et à honorer la mémoire des ancêtres. Il est dit que durant cette période de l'année, les âmes reviennent dans le monde des vivants et rendent visite à leur famille.

L'apparence du fantôme varie selon les légendes. Mais plus souvent, il est représenté vétu d'un kimono blanc semblable à ceux utilisés pour enterrer les morts à l'ère Edo (1603-1868). Le blanc étant la représentation de la pureté, réservée aux moines et aux personnes décédées. Si le Yurei est une femme, elle possède de longs cheveux noir mal peignés. A l'ère Edo, les femmes japonaises avaient les cheveux très longs qu'elles portaient relevés en chignon. (Les cheveux détachés était synonyme de pauvreté, ou mauvaise vie), cependant lors des funérailles, les cheveux étaient laissés pendant. Les bras du Yurei sont tendus, les mains sont balantes. Cette représentation fut le résultat des interpretations théatrâles. Dans certaines histoires, le fantôme ne possède ni pieds, ni jambes et flotte dans les airs. Le Yurei est alors perçu comme un fantôme pouvant être amené à disparaitre.

Film yurei Mangas yurei

 

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